PocketFilm #01 : 5 ans de projet 365

Depuis 5 ans, je filme tous les jours. Un petit peu comme les projets « 1 seconde par jour » qui fleurissent sur le net et pour lesquels il existe même des applications (on va y revenir). Au départ c’était une sorte de routine d’entraînement du cinéaste en devenir. « One shot a Day keep the blank page away ». Cette vidéo juste au-dessus témoigne de cette expérience avec un ou deux plans par mois depuis 5 ans. Mais cette expérience m’a apporté infiniment plus que l’amélioration de mes compétences de cadreuse et de monteuse et j’ai eu envie de partager avec toi les 5 bénéfices les plus inattendus dans ma vie personnelle et de te donner 3 conseils pour te lancer. Mais avant revenons sur la genèse de ce projet.

 

Genèse des Blossom-Tape B-Side :

Essaye de visualiser cette situation : C’est le week-end, tu es peinard·e dans votre canapé, probablement en pyjama. Ton chat se met à faire un truc incroyable. Tu cherches ton téléphone pour immortaliser le moment, persuadé·e qu’il est le futur Grumpy Cat de sa génération. Et là : plus de mémoire sur ton téléphone. Il faut faire du tri… Difficile de faire le tri entre les vidéos des premiers pas de ton petit-cousin, un travelling de 10 minutes pris en vacances, tes potes bourrés qui dansent et que ça ressemble à une danse contemporaine… Évidement tu ne sais plus ce que tu as déjà sauvegardé ou pas… Tu les importes sur ton ordinateur à la vas vite, les 12 derniers mois de ta vie défilent à toute allure sur ton écran. Tu mets tout dans un dossier à trier plus tard. Mais c’est trop tard. Ton chat a de toute façon arrêté depuis longtemps de faire son truc incroyable. Et, en y réfléchissant bien, ton téléphone est rempli de vidéo dont tu ne fais jamais rien et dont tu as probablement des doublons sur plusieurs disques durs sans vraiment les avoir triés. Tu accumules précieusement les souvenirs et en même temps tu ne sais plus qu’en faire. Tu te reconnais un peu dans cette histoire ?

Pendant très longtemps j’ai croulé sous la masse de vidéo. J’étais en fac de cinéma et je rêvais de faire du VJing (équivalent du DJing pour la vidéo). Je collectionnais les plans comme les images panini et je pointais ma caméra littéralement sur tout ce qui bougeait. J’ai soulé mes proches, à n’en plus finir en les filmant sous toutes les coutures ou en leur demandant de refaire exactement ce qu’ils venaient de faire, j’ai pleuré de rage parce que je n’avais plus de batterie ou même oublié ma caméra, j’ai filmé mon chat en train d’arrêter le truc dingue qu’il était en train de faire, j’ai eu d’incessantes discussions sur le droit à l’image. J’ai eu des caméras de toutes tailles, des appareils photo et des téléphones qui filmaient… Les disques durs se sont remplis. J’ai monté une infime partie de ses images. J’en ai perdu une bonne partie. Je n’ai jamais vraiment fait de VJing. Entre-temps j’ai réalisé mes premiers court-métrages et sans que je m’en aperçoive vraiment j’avais terminé mon film de fin d’études. Tout d’un coup plus de cadre, plus de dead line et ces questions entêtantes : Qui sait quand est-ce que tu pourras refaire un film et est-ce que tu seras prête à ce moment-là ? Alors je me suis créé un entraînement avec image, montage et scénario. On reviendra une autre fois sur la question de l’écriture (une chose à la fois). Concernant l’image et le montage, j’ai décidé de filmer 10 secondes par jour… avec ce que j’avais avec moi (mon téléphone et mon compact). De faire un montage tous les mois (pour ne pas me retrouver avec trop d’images) sur une musique d’environs 3 minutes. Et de ne le partager qu’avec mes proches pour ne pas avoir à me censurer. Les Blossom Tape B-Side étaient nées.

Les 5 bénéfices inattendus de mon projet 365 :

Alors je t’entends déjà devant ton écran : Pas le temps, pas les moyens techniques et surtout, tu n’as pas forcément envie de devenir réalisateur·rice. Mais d’une part tu n’es pas obligé·e de filmer tous les jours, et d’autre part ce que j’ai envie de partager avec toi n’a plus rien à voir à mon entraînement de Cinéaste-GI. Alors oui, ma manière de filmer s’est améliorée et lorsque je me suis trouvée à nouveau sur un plateau de tournage j’étais beaucoup plus apte à prévoir les plans que je voulais et à en discuter avec l’équipe technique. Rien de surprenant : c’est en forgeant qu’on devient forgeron… Mais je ne m’attendais pas à ce que cet exercice quotidien m’apporte au passage Assurance, Gratitude, Sérénité, Pleine conscience et Renforcement du cercle social. Oui oui oui, tout ça à la fois ! Juste en filmant 10 secondes par jour, bien plus efficace qu’une BB crème trois en un ou 30 minutes de méditation par jour.

Bénéfice n°1 : L’assurance

Je me suis rapidement rendu compte que j’avais plus d’assurance dans l’espace public. En région parisienne vous avez vite fait de vous comporter un peu comme un robot et aller d’un point A à un point B sans croiser le regard de personne. Mais avec mon smartphone à la main je me suis mise à filmer à des endroits où je ne me serais jamais arrêtée avant. C’est assez paradoxal car en réalité on est assez vulnérable avec un téléphone (ça fait touriste) mais d’une certaine manière j’ai eu l’impression d’avoir plus de légitimité dans la rue, de pouvoir plus prendre mon temps et de regarder ce qui m’entourait. Et quand je me faisais aborder par quelqu’un ce n’était pas forcément en tant que femme dans la rue mais en tant que personne qui filme/prend des photos. Ce qui change tout. D’ailleurs j’y reviendrai dans un prochain article sur la photographie.

Bénéfice n°2 : La gratitude

Filmer tous les jours demande une certaine prise d’habitude. En général j’ai envie de filmer un instant plutôt positif. À force d’accumuler des images des gens que j’aime, des spectacles que je vais voir, de mes élèves, des coulisses de mon cours de danse ou de la cabine de projection, des jolies choses croisées dans la journée… Tu ressens rapidement un sentiment de gratitude. Ce n’est pas les 3 kifs par jour mais les 30 kifs par mois. Chaque fois que je monte un mois je suis toujours surprise de cette accumulation de moments de vie et je me sens remplie de gratitude… Dans les moments de mélancolie, il m’arrive aussi d’en regarder plusieurs d’affilée et je me sens à chaque fois extrêmement chanceuse.

Bénéfice n°3 : La sérénité

En 2010 suite à un très grand nombre de crises d’épilepsie j’ai eu un épisode d’amnésie. Même si tout est rentré dans l’ordre relativement vite, il m’en est resté des angoisses concernant ma mémoire. Il m’en reste encore mais mes vidéos me rassurent. Chaque fois que je les regarde elles évoquent encore plus de souvenirs que ce qui est filmé et sont comme autant de catalyseurs de mémoire. Ce qui est intéressant c’est que comme les vidéos ne comportent pas de texte, les souvenirs qu’elles évoquent sont plus sensoriels que factuels et de ce fait ils sont moins figés que lorsque je relis un journal intime ou des échanges de sms. La musique joue aussi un grand rôle car elle reflète mon état d’esprit du mois. Quand j’entends une de ces musiques, ça évoque immédiatement les images de la vidéo, renforce la gratitude dont on a déjà parlé et consolide ma mémoire.

Bénéfice n°4 : La pleine conscience

Ces vidéos m’ont également appris à être dans l’instant. Il n’était pas question de me mettre en marge de la vie pour la documenter ni d’être intrusive avec mes proches. J’ai donc appris à filmer en mode ninja et surtout à viser juste, à ne faire qu’un plan ou deux… très courts à chaque fois. Je ne cherche pas la meilleure image de la journée, je cherche la meilleure image du moment où je suis disposée à filmer. Et ceci demande d’être précisément dans l’instant et de porter une attention particulière à ce qui se passe. Ainsi filmer devient une seconde nature et un moment particulièrement dans le présent. Pour moi qui suis toujours à ressasser le passer ou à planifier l’avenir c’est un très grand progrès.

Bénéfice n°5 : Renforcements du cercle social

Enfin la chose qui m’a peut-être le plus surprise c’est la place des Blossom TapeB-Side dans la vie de mes proches. La plupart les attendent avec impatience. Mes amis se connaissent mieux entre eux à travers ses vidéos. J’ai une de mes amies qui compte le temps en blossom tape et qui estime que si elle n’est pas dans une blossom tape c’est que le mois a été trop chargé pour qu’on se voit et qu’il faut y remédier. J’aime que les gens puissent se l’approprier, les montrer à leur tour à leur proche. Ces vidéos me rapprochent encore plus de ceux qui comptent le plus pour moi et sans qui je ne serais rien.

Bien évidemment tous ces bénéfices peuvent être obtenus de mille manières différentes, mais je ne m’attendais pas à ce que filmer 10 secondes par jours puisse être aussi puissant.

Les 3 conseils pour commencer

Si mon bilan t’a donné envie de t’y mettre voici trois conseils pour débuter. J’aurais l’occasion de revenir plus en détail sur des conseils de prise de vues et de montage mais il me semblait important pour aujourd’hui de me concentrer sur les conseils opérationnels qui vont te permettre de véritablement te lancer indépendamment de tes connaissance en audiovisuel et sans devenir l’esclave de votre projet.


Conseil n°1 : Définir un cadre

Si tu veux vraiment obtenir un résultat la première chose à faire est de définir un objectif précis ET réalisable. Si tu n’as jamais le réflexe de filmer, inutile de t’imposer de filmer tous les jours. Si tu n’as jamais monté, ne commence pas par une vidéo avec 365 vidéos. C’est valable pour tous les projets mais pour le cas du journal vidéo voici les 4 paramètres à définir :

Fréquence des plans à filmer et des montages :

Tous les jours, semaines, mois, années, pendant les week-ends, les vacances, les voyages, les moments en familles ou entre amis. Il te faudra au minimum une trentaine de vidéo de quelques secondes chacune pour faire un montage de 3 minutes. Donc si tu décides de filmer uniquement le week-end par exemple tu pouvez faire une vidéo par saison. Si au contraire tu décidez de filmer tous les jours, évite de faire un montage tous les ans tu croulerais sous la matière.

Utilisation du son direct ou d’une musique :

Tu ne vas pas filmer de la même manière si tu veux intégrer le son (paroles, son d’ambiance) dans ton montage ou si tu veux monter tes images sur une musique. Dans le premier cas il va souvent falloir des plans un peu plus long pour ne pas couper des phrases et pouvoir faire des fondus sonores histoire de passer plus facilement d’une ambiance sonore à une autre. Dans le second cas, seul le cadre et le mouvement t’intéressent et tu peux filmer des plans plus cours.

Durée des plans et des montages :

On vient de le voir la durée des plans dépend à la fois du nombre de plans que tu collectes et du choix concernant le son. J’aurais tendance à choisir une durée entre 5 et 10 secondes par plan pour ne pas te retrouver avec des heures de rush. Quant à la durée des montages je me cale en général sur la durée d’une musique qui tourne autour de 3 minutes. Mais encore une fois tu peux choisir une autre durée qui te convient. Le plus important c’est de le définir.

Confidentialité de la vidéo :

Avec qui et comment vas-tu partager ces vidéos ? Ce dernier paramètre (et non des moindres) défini le rapport que tu vas avoir notamment avec vos proches. Ce n’est pas la même chose de filmer pour toi et tes proches que de le partager avec le monde entier et le contenu de la vidéo peut donc changer radicalement. Penses-y avant de commencer ton projet.

Conseil n°2 : Choix du matériel

La meilleure caméra du monde, c’est celle que tu as sur toi. Inutile dans un premier temps d’investir dans un reflex de compétition : c’est très lourd, et difficile à apprivoiser de par les nombreuses possibilités de réglages. Ton smartphone est un très bon choix pour commencer, un bon compact fera également l’affaire. Pour ma part je jongle entre les deux en fonction de ce qui me vient le plus rapidement sous la main.

Conseil n°3 : Se reposer sur la technologie

Vite fait bien fait :

Si tu n’as jamais fait de montage, laisse faire ton téléphone. De plus en plus d’application vous permettent de le faire pour toi. C’est le cas par exemple de « 1 Second Everyday: 365 Journal » disponible à la fois sur iPhone et Androïd. Le cadre est assez rigide : une seconde par jour sans musique mais permet de commencer. L’application possède même un système de rappel pour que tu n’oublies pas de filmer. Il y a plusieurs applications de ce type mais je suis particulièrement sensible à la démarche de son créateur Cesar Kuriyama qui filme une seconde par jour depuis 2011 pour ne plus avoir peur de se réveiller à 40 ans sans le moindre souvenir de son existence mais qui ne veut pas non plus devenir l’esclave de son projet.

Débrouillards :

Tu veux te confronter au montage mais tu ne veux pas t’embarrasser de logiciel trop complexe : Je vous conseille iMovie sur mac et l’application photo de Windows. Ces deux applications ont le mérite d’être fournies avec ton système d’exploitation et d’être basique. Après une petite période de prise en main tout devrait bien se passer.

Cinéaste du quotidien :

Ton choix sera le mien. Peut importe si tu es team Final Cut, Avid, Vegas ou Adobe première. Le logiciel que tu maîtrises sera le mieux.

J’espère que cet article t’aura donné envie de te lancer dans cette aventure. Pour ma part j’espère continuer le plus longtemps possible. En ce moment je réfléchis beaucoup à la meilleure manière de transmettre tous les conseils pratiques que j’ai rassemblés au fur et à mesure de cette expérience. Si ça t’intéresse n’hésite pas à t’inscrire à cette mailing-list « Super-Montage » pour être tenu au courant.

Et je profite de cet article pour remercier mes proches qui me font confiance pour prendre soins de ses moments partagés et de rendre hommage à tous les chats que j’ai filmé en 5 ans mais plus particulièrement Muteen, Willy et l’indétrônable Itak qui nous ont quittés bien trop tôt et qui resteront pour toujours les stars de mes Blossom Tape B-Side.